Blockchain : quels enjeux au niveau interétatique pour restaurer notre souveraineté technologique ?

Dans le dernier numéro de la Revue diplomatique, consacré aux « Nouvelles armes, nouveaux espaces de conflit et nouveaux acteurs » de l’Institut d’Etudes de Géopolitique Appliquée (EGA), je signe un article intitulé « La Blockchain : quels enjeux inter-étatiques pour restaurer notre souveraineté technologique ? ». Cette technologie est en effet aujourd’hui au même titre que l’intelligence artificielle un enjeu de pouvoir dans les relations interétatiques. D’abord dans la course aux innovations de rupture, ensuite dans le champ monétaire où plusieurs banques centrales mettent en place leurs propres monnaies digitales. Extraits.

« Dans sa conférence de presse à Berlin lors du lancement du plan de relance européen, notre ministre de l’économie, des finances et de la relance Bruno Le Maire a rappelé le double positionnement du gouvernement sur la blockchain dans ses relations avec ses partenaires étrangers[1].

La France soutient d’une part le financement de l’innovation de rupture pour renforcer son attractivité et sa compétitivité dans un contexte fortement concurrentiel à l’international. D’autre part, elle refuse les initiatives privées pouvant mettre à mal en matière monétaire le monopole des États. Il s’agit dans les deux cas pour notre pays et pour l’Europe, face au développement des technologies de rupture, de préserver leur souveraineté. 

Alors que la technologie blockchain était au départ annoncé comme un bouleversement technologique, philosophique et institutionnel garant d’une plus grande horizontalisation du monde au sens où la souveraineté des individus venait concurrencer celle des États, elle est aujourd’hui au même titre que l’intelligence artificielle un enjeu de pouvoir dans les relations interétatiques [2].

D’abord dans la course aux innovations de rupture où la France, après raté le virage de la nouvelle économie dans les années 2000, souhaite agir rapidement face à ses concurrents américains et chinois. La création d’un cadre réglementaire favorable à l’innovation et le lancement d’une stratégie industrielle ont vocation à combler cet écart et la dynamique est observable de nombreux pays à l’échelle internationale.

Ensuite dans le champ monétaire où plusieurs banques centrales mettent en place leurs propres monnaies digitales pour prendre de vitesse le projet de cryptoactif Libra initié par Facebook. Alors que, selon les estimations de 2018 de la Banque des règlements internationaux, 70% des 63 banques centrales sont en train de mettre en place une monnaie digitale de banque centrale, celle-ci permettrait à la France et à l’Europe de disposer, avec un temps d’avance sur l’étranger, d’un puissant levier d’affirmation de souveraineté [3].

Déjà au mois d’avril j’appelais à faire de la blockchain le fer de lance de la souveraineté numérique française [4]. Dans quelles mesures cet engagement peut-il se concrétiser au niveau interétatique dans les relations que la France entretient avec ses partenaires étrangers en matière économique et monétaire ? »

 

📌 Retrouvez ci-dessous l’intégralité de cet article.

 

 

📌 Plus d’informations sur le site de l’Institut EGA.

[1] Conférence de presse de Bruno Le Maire, ministre l’économie et des finances à Berlin sur le plan de relance européen le 11 septembre 2020 https://www.vie-publique.fr/discours/276391-bruno-le-maire-11092020-union-europeenne

[2] Nina Fabrizi-Racine dans La semaine juridique, Lexis Nexis 11 décembre 2017.

[3] Discours de François Villeroy de Galhau Gouverneur de la Banque de France, Paris 4 décembre 2019 https://www.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/2019.12.04_conference_acpr_v5.pdf

[4] Tribune de Jean-Michel Mis député, Rémy Ozcan et Goudet Abalé dans La Tribune 8 avril 2020 : https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-blockchain-fer-de-lance-de-la-souverainete-numerique-francaise-844678.html