« Il est aujourd’hui plus qu’urgent et nécessaire de faire reculer la haine sur internet »

Jeudi 14 juin en fin de journée, s’est déroulée à l’Assemblée nationale une conférence sur la question de la lutte contre les cyber violences. Placé sous le Haut patronage du Président de l’Assemblée nationale, François de RUGY, cet événement a été organisé par l’organisation non gouvernementale RespectZone et le Cercle de la Licra. Très impliqué sur toutes les questions liées aux numériques, et très attaché à la lutte contre la haine, sous toutes ses formes, j’ai accepté de participer à ce colloque en animant la seconde table-ronde.  Le nombre de participants et la qualité des invités ont témoigné de l’importance de ce sujet.

C’est dans la très emblématique salle Colbert que le public, fort nombreux, et les intervenants ont donc pris place pour ce colloque, point de départ de futurs « Etats généraux des cyber violences ».

Accueillis par Caroline YADAN, avocate au barreau de Paris et responsable du pôle Antisémitisme(s) du Cercle de la Licra et Philippe COEN, président fondateur de Respect zone, nous avons témoigné, échangé et travaillé autour des moyens concrets de faire reculer la haine sur internet. Il est, en effet, comme l’a rappelé Caroline YADAN, crucial de prendre la « problématique des cyber violences à bras le corps et de penser tous ensemble à des outils et des solutions ».

S’il n’existe pas, en effet, de définition légale de la cyber violence, nous avons tous en tête de nombreux exemples de ce phénomène :  propos diffamatoires et discriminatoires, propos humiliants, agressifs, injurieux ; divulgation d’informations ou d’images personnelles (volées et/ou modifiées et/ou choquantes) ; propagation de rumeurs ;  intimidations, insultes, moqueries, menaces ; incitations à la haine ; usurpation d’identité,  piratage de compte…

Après les mots de soutien en vidéo de François de RUGY, président de l’Assemblée nationale et de Mounir MAHJOUBI, Secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargé du Numérique, la première table-ronde, animée par mes collègues Céline CALVEZ, députée des Hauts-de-Seine et Eric BOTHOREL, député des Côtes d’Armor, a permis à Philippe SCHMIDT, Avocat au barreau de Paris et Président de l’INACH (International Network Against Cyberhate), à Justine ATLAN, Directrice de l’association e-enfance, à Fatima EL OUASDI, Présidente-fondatrice de Politiqu’elles et à Rudy REICHSTADT, Fondateur de Conspiracy Watch, de partager leurs constats et d’apporter leurs témoignages.

« La cyber violence sur Internet se concentre, en effet, à 40% sur Facebook, à 20% sur Twitter et à 20% sur YouTube » a précisé Philippe SCHMIDT.

« Un quart des jeunes sont concernés par les Cyber violences à caractère sexiste. Ces raids numériques font des victimes bien réelles. »  a expliqué de son côté Fatima EL OUASDI.

Justine ATLAN a, quant à elle, rappelé que « Les jeunes savent ce que c’est que le cyber harcèlement, mais ils ne savent pas forcément comment y faire face. Et pourtant,  le cyber sexisme et la cyber haine tuent. »

Quand aux théories du complot, « c’est un vrai sujet chez les jeunes », nous a rappelé Rudy REICHSTADT.

   

Aussi face à ces réalités, la seconde table-ronde que j’ai animée avec ma collègue Constance Le GRIP, députée des Hauts de Seine, se devait de répondre à la question quelles solutions et quels outils pour déconnecter la haine sur Internet ?

Avant de laisser la parole aux différents intervenants, de mon côté, j’ai tenu à préciser que :

« Les outils numériques et sociologiques doivent être adaptés à la problématique des cyber violences : ce n’est pas normal qu’il soit impuni de répandre la haine tranquillement depuis son fauteuil bien confortable ! L’ état de droit doit être respecté partout, sur le web comme ailleurs. »

J’ai également insisté sur le fait qu’il était de notre responsabilité « de trouver en quelque sorte une trousse de secours à ces mots – maux -« .

Gail KENT, Directrice données, Direction Générale des Réseaux de communication, du contenu et des technologies (DG Connect) au sein de la Commission Européenne, a ainsi pu apporter un éclairage européen sur cette problématique.

Puis Frédéric POTIER, Préfet, Délégué Interministériel à la Lutte contre le Racisme et l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT (DILCRAH), nous a expliqué que le modèle allemand de régulation des contenus ne portait pas atteinte à la liberté d’expression, et n’engendrait pas de charges colossales pour les plateformes. Il nous a expliqué aussi que le travail avec les plateformes était aujourd’hui possible mais pas encore suffisant.

La directrice des partenariats de l’Institute for Strategic Dialogue (ISD), Iris BOYER, a insisté sur l’importance de l’éducation à la citoyenneté du numérique.

Clotilde BRIEND, Responsable des affaires publiques chez Facebook France, est revenu sur les moyens de lutte pour identifier la haine et la violence sur leur plateforme.

Quant à Mario STASI, président de la LICRA, après avoir rappelé que « Le racisme  n’est pas une opinion, mais un délit », il a précisé que  » La responsabilité des hébergeurs, est d’abord une responsabilité du politique qui ne doit pas se satisfaire de l’autorégulation ».

Philippe COEN pour conclure ces échanges a rappelé  : « Il reste peu de temps pour réagir afin que le respect, rempart à la haine en ligne, soit partagé. Alors, partageons et signons le label Respect zone. »

Après la diversité et la richesses des échanges, les mots de conclusion ont été laissés à Jean-Michel BLANQUER, qui est intervenu en vidéo pour rappeler son attachement et sa volonté à combattre la haine sur internet. L’interdiction du téléphone portable dans les écoles et les collèges est déjà une première réponse.

Un grand merci aux organisateurs de nous avoir permis de nous associer, nous législateurs, à cet événement.