Il nous faut des mesures pour pallier les risques liés au lancement du Libra, la crypto monnaie de Facebook

Suite à la présentation par Facebook, ce mardi 18 juin, de sa monnaie numérique, le Libra, j’ai interrogé Bruno Le Maire,  ministre de l’économie et des finances, à l’occasion des questions d’actualité, sur les nombreuses interrogations liées à cette annonce.

Merci Monsieur le Président, ma question s’adresse à Monsieur le ministre de l’économie et des finances.

Aujourd’hui même, Facebook a présenté son projet de crypto monnaie. Conçu en partenariat avec 27 groupes, le libra devrait être effectif en 2020.

Cette crypto monnaie, OVNI financier à ce jour, pourra passer outre les frontières géopolitiques  et pourra être transférée sans frais via les applications Messenger et WhatsApp partout dans le monde. Ce sont donc plus de 2 milliards d’utilisateurs qui vont bénéficier, à terme, de ce nouveau service. Elle pourra, par ailleurs, faire son apparition dans le monde physique, puisque la firme envisage d’installer des machines similaires aux distributeurs de billets, pour échanger des devises contre des jetons de sa crypto monnaie.

Monsieur le ministre, cette annonce soulève des interrogations d’un point de vue réglementaire, monétaire ou politique.

  •  La première interrogation est celle de la valeur.  Dans le cas du Libra, le cours de cette crypto monnaie serait indexé sur celui d’un panier de monnaies traditionnelles. Il est facile d’imaginer comment cette crypto monnaie pourrait s’émanciper de sa fonction de représentation de monnaies traditionnelles, et acquérir sa propre valeur d’usage : il suffirait à Facebook et ses partenaires de proposer un ensemble de services utilisant cette monnaie, ainsi que des ponts avec des services externes.
  • La deuxième interrogation est celle du respect de la vie privée et de la protection des données. Un point fondamental. Depuis mars 2018 et l’explosion de l’affaire Cambridge Analytica, Facebook est, en effet, secoué par des failles à répétition. La confidentialité entourant les transactions va se confronter aux risques d’usages illicites (blanchiment, évasion fiscale, financement de la criminalité).
  • Enfin, l’interrogation la plus cruciale est celle de notre souveraineté, celle de voir émerger une puissance monétaire en capacité d’influencer les marchés et de contourner les Etats. Il en va de notre souveraineté. Gardons en mémoire lesmots  de  Peter Thiel, lors du lancement de son système de paiement « paypal » : « qui voulait en faire  une monnaie alternative libre de tout contrôle gouvernemental »

Ma question est donc très simple, monsieur le ministre de l’économie et des finances, puisque ce sujet n’est pas seulement technologique, mais éminemment politique, pouvez-vous nous préciser quelles mesures compte prendre le gouvernement pour pallier les risques liés à l’apparition du Libra, et son corollaire la société suisse Calibra ?

 

✍️ La réponse de Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances.

La société Facebook a, en effet, annoncé sa volonté de créer, à partir de 2020, sa propre monnaie numérique. S’il s’agit d’un instrument de transaction, pourquoi pas ? En revanche, elle ne saurait devenir une monnaie souveraine. Une société privée ne peut pas, et ne doit pas, créer une monnaie souveraine qui pourrait entrer en concurrence avec les monnaies des États. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)

Il appartient en effet aux banques centrales d’assurer le rôle de prêteur en dernier ressort. Surtout, les États obéissent à l’intérêt général là où les sociétés poursuivent des intérêts privés.

J’ai donc demandé à l’ensemble des gouverneurs du G7 de remettre, au cours du G7 Finances qui se tiendra à Chantilly mi-juillet, un rapport relatif aux garanties dont il conviendra d’entourer cette monnaie numérique avant d’autoriser sa circulation. Ces garanties tiendront à la protection des données individuelles, la lutte contre le blanchiment, la lutte contre le financement du terrorisme ainsi que la protection des intérêts économiques et financiers du consommateur.

Enfin, cette monnaie permettra à cette société, comme demain à d’autres géants du numérique, d’accumuler à nouveau des millions de données et de se retrouver dans une situation de monopole. Notre détermination à réguler les géants du numérique et à leur imposer au niveau national et demain, espérons-le, au niveau de l’OCDE, une taxation internationale juste et efficace, ne s’en trouve que renforcée. Nous refusons les monopoles. Nous voulons une économie de marché dans laquelle la concurrence puisse jouer pleinement, dans le secteur du numérique comme dans les autres. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)

 

🔍Mon intervention et la réponse de Bruno Le Maire en vidéo :

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