« La République ne se négocie pas : elle est laïque, démocratique et sociale », notre tribune avec Jean-Michel Fauvergue

Alors que vient de s’ouvrir le procès des attentats de janvier 2015, contre « Charlie Hebdo », et que nous célébrons les 150 ans de notre République, l’hebdomadaire Marianne a publié, ce vendredi 4 septembre, la tribune que j’ai co-signée avec mon collègue Jean-Michel Fauvergue, Député de Seine-et-Marne et ancien patron du Raid sur la nécessité de défendre la République, qui subit diverses menaces.

↪️ Notre tribune sur le site de Marianne. 

↪️ Le texte de notre tribune

Nous vivons en France, sans doute plus qu’ailleurs, avec des certitudes. C’est une force qui donne parfois l’énergie nécessaire pour surmonter les épreuves qui s’imposent à nous. C’est aussi une faiblesse qui a nourri l’illusion selon laquelle la République, ses valeurs et ses principes, étaient immuables et faits du marbre du fronton de nos mairies où ils sont gravés.

LA RÉPUBLIQUE MENACÉE

A la longue, nous avons oublié à la fois le goût et le prix de notre régime de libertés. Nous avons oublié que l’idée républicaine n’était pas éternelle et que sa source n’était pas intarissable. Elle est le fruit de combats nombreux, âpres et difficiles contre des passions destructrices qui ne manquent jamais d’exister et des mauvais instincts qui n’oublient jamais de semer le doute, la discorde et la division. Aujourd’hui, nous faisons le constat de la lucidité : la République est affaiblie et ses adversaires sont nombreux et déterminés autant qu’ils recueillent, dans le pays, une adhésion certaine.

Ces dernières années ont montré l’accélération de nos fragilités. Notre édifice laïque a été sans cesse vilipendé et attaqué par les tenants de la suprématie de l’ordre religieux sur notre ordre politique, avec le soutien d’idiots utiles qui, à droite comme à gauche, ont applaudi les accommodements, les reculades et les compromissions. Nous avons vu proliférer le séparatisme qui a passé la République à la découpe des communautés avec la complicité d’élus transformant leurs permanences électorales en bureau de change électoraliste et concordataire, catalysant la fragmentation et les tensions du pays. Nous voyons désormais l’esprit de différenciation l’emporter sur notre indivisibilité, réhabilitant, à coup de culpabilité décoloniale et indigéniste, le mensonge de la « race » et l’idée, odieuse, selon laquelle la couleur de la peau ou l’origine seraient devenus des critères acceptables de l’organisation sociale de notre pays. Nous voyons enfin émerger une sorte de totalitarisme mainstream, baigné dans le relativisme, qui rejette les Lumières et près de trois siècles d’émancipation universaliste.

Il y a urgence à réunir la France avec elle-même, avec son histoire complexe, parfois lumineuse et parfois ténébreuse, avec ses valeurs et sa diversité

Il est urgent de réagir et de refaire de la République une idée neuve en France. Notre devoir premier est de renouer avec l’esprit des combattants qui nous ont précédés pour gagner nos libertés, pour proclamer la Déclaration de 1789, pour abolir l’esclavage, pour inventer la laïcité, sans épithète ni adjectifs, pour imposer l’égalité entre les hommes et les femmes, pour instaurer l’idée que nous sommes, en commun et ensemble, bien davantage que l’addition de ce que nous formons séparément. Aujourd’hui, il y a urgence à réunir la France avec elle-même, avec son histoire complexe, parfois lumineuse et parfois ténébreuse, avec ses valeurs et sa diversité là où des profiteurs d’abandon et de débrouillards de la division, à l’extrême-droite comme à l’extrême-gauche, s’emploient à séparer, à catégoriser, à ériger des murs d’appartenances et d’assignations identitaires.

La République ne se négocie pas : elle est laïque, démocratique et sociale

Il y a urgence à incarner, défendre, soutenir et faire avancer partout la République, de l’école à l’université, dans les entreprises comme dans tous les lieux de la vie collective où nous avons besoin de retrouver le souffle de la fraternité et de la recherche d’un horizon commun. Nos principes républicains ne seront défendus que s’ils sont incarnés, sur le terrain, en première ligne, au plus près de la réalité sociale, à chaque fois que les circonstances l’exigent et à chaque fois qu’ils sont remis en cause, attaqués, méprisés ou détournés.

Jacques Prévert disait qu’on « reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait en partant ». C’est le sentiment qui risque de se produire le jour où nos hésitations et nos faiblesses auront eu raison de nos principes fondateurs. Pour nous, la République ne se négocie pas : elle est laïque, démocratique et sociale. Ou elle n’est pas.

Jean-Michel Mis, député de la Loire, co-rapporteur de la mission d’évaluation de la loi du 24 juillet 2015 sur le renseignement

Jean-Michel Fauvergue, député de Seine-et-Marne et ancien patron du Raid