Jean-Michel MIS

Député de la Loire-Saint-Etienne

Député de la Loire-Saint-Etienne

« Les souverainetés industrielles et numériques sont les garantes de notre liberté »

Avec Thierry Berthier, maître de conférences en mathématiques à l’université de Limoges j’ai signé une tribune dans l’hebdomadaire Marianne sur « Les souverainetés industrielles et numériques sont les garantes de notre liberté » où nous livrons notre regard sur l’importance de réduire les dépendances technologiques qui nous lient à la Chine et à l’Amérique.

✅Retrouvez  ma tribune publiée dans Marianne au vendredi 18 février 2022 

🔴 Tribune : « Les souverainetés industrielles et numériques sont les garantes de notre liberté » :

Jean-Michel Mis, député de la Loire (LREM) et membres de plusieurs groupes d’études concernant le numérique, et Thierry Berthier, maître de conférences en mathématiques à l’université de Limoges, expliquent dans une tribune l’importance de défendre la souveraineté industrielle et numérique, tant au niveau national qu’européen.

À quelques semaines de l’échéance présidentielle, les défis stratégiques du prochain quinquennat se dessinent désormais plus nettement au sortir d’une crise sanitaire inédite par sa durée et son ampleur. Les cinq prochaines années devraient s’articuler autour de grandes missions comme la réindustrialisation des territoires, l’émancipation numérique face aux acteurs dominants américains et chinois, la réintroduction du fait scientifique et de la preuve dans le socle de culture commune ou la formation du citoyen face aux grandes mutations technologiques à venir.

Entre autres défis, le futur gouvernement devra préparer la France et les Français aux révolutions sectorielles de la robotique et de l’intelligence artificielle (IA) qui transforment les activités humaines et les pratiques. Le plan France 2030, qui constitue une avancée considérable dans la prise en compte des enjeux « robotique & IA », s’intègre en cela dans une stratégie globale impliquant chaque citoyen.

Les grandes révolutions technologiques s’accompagnent souvent de frictions sociales et de turbulences économiques. Les effets du progrès doivent ainsi être accompagnés grâce à l’éducation et l’établissement d’un socle minimal de culture scientifique partagé par l’ensemble des citoyens. Les tentations technophobes concernant la 5G, le nucléaire, les nanotechnologies, les biotechnologies, la robotique ou l’intelligence artificielle sont une réalité qu’il faut prendre en compte par l’éducation dès le plus jeune âge. Nous devons également repositionner le curseur fixant les limites du principe de précautions en évaluant plus finement le rapport bénéfice-risque d’une technologie.

« Les dépendances technologiques qui nous lient à la Chine et à l’Amérique réduisent nos libertés et notre libre arbitre. »

Le deuxième défi stratégique est celui des souverainetés industrielles et numériques à relever au niveau national comme européen. La présidence française de l’Union européenne (PFUE) permet de porter la voix de la souveraineté à Bruxelles alors même que sa définition ne fait pas consensus entre pays membres. Les actuels travaux du groupe UE ISO normalisation sur la souveraineté numérique devraient permettre à l’Europe de fixer précisément le sens d’une technologie souveraine et de débattre sur les mêmes bases.

L’indépendance et la sécurité de l’Europe sont intimement liées au degré de souveraineté qu’elle saura produire sur son sol, dans l’industrie, dans l’innovation, dans le cyberespace. Les dépendances technologiques qui nous lient à la Chine et à l’Amérique sont autant de chaînes qui réduisent nos libertés et notre libre arbitre notamment en période de crise. Nous devons les identifier de manière exhaustive et les réduire systématiquement par le choix de la souveraineté sans perte de performance.

« Face aux futures crises géopolitiques, militaires, économique, climatiques, environnementales et sanitaires, la France forgera sa résilience nationale en réduisant une à une ses dépendances extérieures. »
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Les souverainetés industrielles, énergétiques et numériques ne peuvent s’incarner sans la performance et la compétitivité des technologies françaises à opposer aux technologies étrangères. La subvention « forcée » d’un produit sous-performant est vouée à l’échec. Installer la souveraineté, c’est promouvoir la performance. Il nous faut pour cela mettre en place des référentiels précis et de métriques de détection des meilleures technologies et les accompagner efficacement tout au long de leur développement. Nous devons aussi créer les mécanismes financiers qui inciteront les fonds d’investissement et les banques d’affaires à s’engager sur des projets industriels et plus seulement numériques.

Trop de fonds d’investissement français délaissent les projets « hardware » au profit de projets « pure software » en justifiant ce choix par un argument laconique : « la Chine le fera mieux et moins cher ». Nous devons inverser cette tendance, qui assèche le tissu industriel français, en réinventant notre rapport au risque. Concrètement, l’État doit pouvoir mettre en place les mécanismes de couverture du risque permettant d’attirer les investisseurs vers des projets robustes performants de start-up en mécatronique, photonique, électronique, semi-conducteurs, robotique, IoT (Internet of Things, Internet des objets) qui ont trop peu de chance de lever des fonds aujourd’hui.

Nous devons par ailleurs mener une veille internationale exhaustive sur l’ensemble du spectre technologique (quantique, semi-conducteurs, hydrogène, intelligence artificielle, robotique) et sur les grands chantiers de niveau mondial qui sont autant d’opportunités commerciales pour nos industriels. L’intelligence économique doit passer en mode offensif en réduisant les verrous et la verticalité des processus. Face aux futures crises géopolitiques, militaires, économique, climatiques, environnementales et sanitaires, la France forgera sa résilience nationale en réduisant une à une ses dépendances extérieures. Le choix de la souveraineté sans perte de performance est avant tout le choix de la liberté.