L’hommage émouvant de la Nation à Simone VEIL, femme engagée et exemplaire

« La décision de faire entrer Simone Veil au Panthéon ne fut pas seulement la mienne ni celle de sa famille, mais celle de tous les Français », ce sont par ces mots du président de la République que l’émouvante cérémonie d’hommage, à Simone VEIL, dimanche 1er juillet, a débuté. Une cérémonie républicaine au terme de la quelle les cercueils de Simone et Antoine VEIL sont entrés au Panthéon.

Un an après la mort de Simone VEIL, cette femme dont les combats et l’exception ont marqué le XXe siècle, la France lui a  rendu un dernier et juste hommage :  hommage à la personne qu’elle était, mais aussi à ses combats, nécessaire et exemplaire pour le droit des femmes, pour l’Europe, pour la paix.

Partis du Mémorial de la Shoah, les cercueils recouverts du drapeau français ont été transportés jusqu’à la place Edmond Rostand pour une longue procession vers le Panthéon. Le cortège, suivant le chemin tracé par un tapis bleu, symbole de la paix et de l’Europe, a marqué trois arrêt : l’un rappelant l’une de ses plus grandes victoires politiques, la loi « Veil » de 1974, l’autre  son élection à la tête du Parlement européen en 1978, et le dernier, enfin, pour son engagement pour la mémoire des Justes de France.

Portés par des membres de la garde Républicaine, sous les applaudissements et les regards émus, accompagnés par le violoncelle de Sonia Wieder-Atherton et de différentes chorales, Simone et Antoine VEIL sont entrés au Panthéon.

Il est beau aujourd’hui que cette femme rejoigne en ce lieu la confrérie d’honneur à laquelle, par l’esprit, par les valeurs, elle appartient de plein droit et dont elle eut toute sa vie les combats en partage.

Emmanuel MACRON, dans un discours d’une grande justesse a rappelé les origines de son engagement :

Ce n’est que tardivement, lorsque Simone VEIL passé 50 ans que la France découvrit que les racines de son engagement plongeaient dans la noirceur absolue, innommable des camps de la mort. C’est là qu’elle trouva en elle pour survivre cette part profonde, secrète, inaliénable qu’on appelle dignité. C’est là que malgré les malheurs et les deuils, elle conçut la certitude qu’à la fin, l’humanité l’emporte sur la barbarie.

Les corps d’Antoine et Simone Veil ont été inhumés dans le sixième caveau du Panthéon, ce lundi 2 juillet, lors d’une cérémonie privée.
Ils reposent aux côtés de Jean Moulin, André Malraux, René Cassin et Jean Monnet.

Pour que ses combats, sa dignité, son espérance restent une boussole

Déportée à seize ans pour Auschwitz-Birkenau, séparée de ses parents qu’elle n’a jamais revus, elle a dû subir l’abominable sort de ces victimes de la barbarie.

Magistrate, puis fonctionnaire au ministère de la Justice, Simone VEIL a suivi une belle carrière administrative. En effet, elle entre en 1964 à la direction des affaires civiles, où l’attendent des dossiers tels que l’adoption ou l’incapacité majeure. Cinq années plus tard, elle se retrouve au cabinet du ministre de la justice de l’époque, Jean PLEVEN. Elle est ensuite promue sur la recommandation de Pierre JUILLET, conseiller de Georges POMPIDOU, secrétaire du conseil supérieur de la magistrature. C’est la première fois que ce poste est occupé par une femme.

Sa détermination et ses talents, l’ont par la suite conduite à exercer de nouvelles responsabilités. Ministre de la Santé en 1974, elle s’est emparé du lourd et difficile dossier du droit à l’avortement. Un dossier qu’elle mènera à son terme avec persévérance, courage, conviction et respect.

Cinq ans plus tard, elle a de nouveau rendez-vous avec l’Histoire. En 1979 en effet, pour la première fois, le Parlement européen est élu au suffrage universel direct. Simone VEIL, tête de liste en France, devient présidente de cette assemblée parlementaire. Pour elle, Français, Allemands et autres habitants de l’Europe, devaient apprendre à s’entendre, à se parler et surtout à construire ensemble leur avenir.

« Elle qui avait vécu l’indicible expérience de la sauvagerie et de l’arbitraire savait que seuls le dialogue et la concorde entre les peuples empêcheraient qu’Auschwitz ne renaisse sur les cendres froides de ses victimes. Lorsqu’elle décide de témoigner, c’est d’abord pour rendre hommage aux justes de France. Pour rappeler le courage inouï des familles françaises qui, au péril de leur vie, avaient caché des enfants juifs ». Emmanuel MACRON

Elle se transforme, dans les capitales du monde entier, en ambassadrice exigeante de l’Europe. Un rôle qu’elle assume jusqu’en janvier 1982, date à laquelle elle abandonne une présidence qu’elle n’a pas voulu briguer une seconde fois. Pour autant, elle ne renonce pas à l’Europe.

Elle n’était pas tendre pour les fadeurs iréniques et les complications technocratiques qui, parfois devenait le visage de cette Europe, car elle était de cette génération pour laquelle, notre Europe n’était ni un héritage ni une contrainte, mais une conquête de chaque jour.

Comme parlementaire, comme présidente du Parlement européen, comme citoyenne engagée, elle ne cessa d’en raviver la flamme originelle et d’en incarner l’esprit fondateur. Emmanuel MACRON

Aux élections européennes suivantes, elle s’installe à la présidence du groupe libéral à Strasbourg.

Devenue en 1997 la présidente du Haut Conseil de l’Intégration, a été nommée en 1998, quelques années après son dernier parcours gouvernemental auprès d’Edouard BALLADUR, pour neuf ans au Conseil constitutionnel.

Le 18 mars 2010, Simone VEIL, à 82 ans, était intronisée à l’Académie française. Cette centriste et européenne succédait ainsi dans le 13e fauteuil à Pierre Mesmer, fervent défenseur du gaullisme, et rejoignait la courte liste des femmes à avoir fait partie de l’institution.

Comme Simone VEIL l’avait rappelé à plusieurs reprises :

« L’histoire nous montre que les grands débats qui ont divisé un moment les Français apparaissent avec le recul du temps comme une étape nécessaire à la formation d’un nouveau consensus social, qui s’inscrit dans la tradition de tolérance et de mesure de notre pays ».

 

 

 

 

Le discours intégral du président de la République.

 

 

01.07 Transcription – Discours du Président de la République – Hommage solennel de la nation à Simone Veil