Mission d’information sur la blockchain : limites, enjeux et régulation au coeur des auditions

Jeudi 15 mars après-midi, nous avons poursuivi nos auditions au sein de la mission d’information sur la blockchain à l’Assemblée nationale avec mes collègues Julien AUBERT et Laure de LA RAUDIERE. Les questions liées à la recherche et à ses financements, mais aussi les limites, les enjeux et les problématiques de régulation et d’encadrement juridique ont notamment été au coeur de ces échanges.

En effet, afin de mieux appréhender tous les enjeux de cette technologie, encore relativement récente,  mais qui est en passe de devenir un outil majeur du développement informatique,  son apport étant comparable à celui de I’Internet,  nous avons débuté ces auditions par une table-ronde avec différents représentants du secteur de la recherche :  

Daniel AUGOT, directeur de recherche, au centre de recherche d’INRIA Saclay (Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA) et dans le LIX ( Laboratoire d’Informatique de l’École polytechnique), Georges GONTHIER, chercheur, membre de l’équipe de recherche Specfun, (INRIA-Saclay), Emmanuelle ANCEAUME, chercheuse, membre de l’équipe de recherche Cidre (Confidentialité, Intégrité, Disponibilité et Répartition / Algorithmique, programmation, logiciels et architectures) à l’INRIA-Rennes, Gilles FEDAK, créateur de la start-up iExec (place de marché de la ressource de calcul qui met en relation les data centers disposant de ressources inutilisées et les applications qui pourraient en bénéficier) et Julien PRAT, chercheur titulaire à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (ENSAE).

Cet échange s’est articulé notamment autour des notions de recherche et de financement, mais aussi du soutien de l’Etat. Il a permis également de faire le point sur la technologie blockchain (publique, privée et consortium).

Puis nous avons auditionné Primavera DE FILIPPI, chercheuse au CERSA (unité mixte du CNRS et de l’Université Paris II) et chercheuse associée au Berkman Center for Internet & Society (Université de Harvard), où elle analyse les implications juridiques des architectures distribuées.

Avec elle, nous avons abordé les enjeux juridiques soulevés par les technologies “blockchain” —telles que Bitcoin, Ethereum, etc.— et comment ces technologies peuvent être utilisées afin d’élaborer des nouveaux modes de gouvernance distribuées pour encourager la collaboration et la prise de décision participative.

 

Pour finir cet après-midi très riche, nous avons rencontré Gilles BABINET, représentant du numérique pour la France auprès de la commission européenne. Responsable des enjeux de l’économie numérique et chargé de promouvoir les avantages d’une société numérique en France, Gilles BABINET a fondé neuf sociétés, dans des domaines d’activités variés : travaux électriques à l’analyse du big data. Il a aussi été président du conseil national du numérique. Sous sa présidence, le CNN s’est engagé sur le développement de l’e-éducation, le financement de l’innovation et l’open-data, et a planché sur la fiscalité du numérique.

Gilles BABINET est notamment revenu sur l’importance de la formation et de l’éducation au numérique, du codage à l’histoire d’internet. En effet, c’est par ces connaissances que l’on pourra comprendre les enjeux politique, économique et sociétal de cette nouvelle technologie. Et surtout ne pas laisser passer la chance de la France d’être un des leaders mondial de la bloc-chaîne. Bref de ne pas réitérer nos erreurs comme lors de l’avénement de l’Internet. Comme nous l’avait d’ailleurs très bien rappelé à l’occasion des premières auditions, Alexandre Stachtchenko, de Blockchainpartener :

« Ne faisons pas la même erreur qu’il y a 20 ans, lorsque nous avons demandé l’avis du créateur du Minitel sur Internet, parce que son avis était plus confortable à entendre. Je fais bien évidemment référence au fameux rapport Théry, qui expliquait que puisque « Internet ne représente qu’un douzième du Chiffre d’affaire du minitel », c’est un épiphénomène, dont la « construction collaborative et distribuée n’est pas du tout adaptée à la fourniture de services commerciaux. »

Les mêmes erreurs conduisent aux mêmes résultats : des champions américains, ou asiatiques, qui imposeront leurs normes culturelles et politiques à des européens qui auront raté le wagon. »

 

Petit rappel

La chaîne de blocs ou « blockchain » en anglais est une technologie numérique innovante de stockage et de partage d’un registre de transactions au moyen d’un réseau pair-à-pair.

Inventée en 2008 et présentée dans un article publié sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto1, elle est utilisée depuis 2009 pour faire fonctionner ce qui en constitue l’exemple le plus emblématique : la cryptomonnaie Bitcoin.

Les promesses de la technologie sont fortes : celles d’un registre public partagé et sécurisé fonctionnant sans organe central de contrôle. Les blockchains sont peut-être ainsi promises à un avenir important dans le domaine bancaire (bitcoin), en finance, dans la gestion de contrats, dans les échanges énergétiques…