« Réussir la transition numérique de la mobilité ferroviaire »

A l’invitation de François Davenne, directeur général de l’organisation ferroviaire mondiale -UIC- j’ai participé, en visioconférence, crise sanitaire oblige, à la 6e édition de la Conférence numérique de l’UIC ce vendredi 11 décembre 2020. Cet événement a été l’occasion de nombreux et riches échanges avec les représentants des membres de l’UIC et des acteurs de l’écosystème numérique sur les tendances, projets et développements numériques actuels de la mobilité ferroviaire.

Après les propos introductifs de François Davenne (directeur général de l’UIC) et d’Evgeny Charkin (RZD CIO et Président UIC Digital Platform), j’ai eu le plaisir de présenter mon analyse sur les conditions pour réussir la transformation numérique du secteur ferroviaire.

C’est ainsi que j’ai rappelé que bien que n’étant pas un expert de la mobilité ferroviaire, en tant que député, membre du Conseil national du numérique, vice-Président de la mission d’information sur la souveraineté numérique et Président d’honneur de la Fédération des professionnels de la blockchain, c’était un honneur de pouvoir partager mes convictions sur les conditions pour réussir la transformation numérique de ce secteur économique.

Déjà en 1955, Louis Armand déclarait que le « 21e siècle serait le siècle du ferroviaire ». Il avait parfaitement compris, en tant que président de la SNCF, le poids de la recherche industrielle et l’importance de l’innovation pour le déploiement du ferroviaire.

C’est donc à nous aujourd’hui pouvoirs publics, décideurs et professionnels du secteur de poursuivre collectivement ce travail pour réussir la transition numérique.

 

Afin d’apporter très modestement ma contribution au débat, j’ai ainsi évoqué rapidement la transformation numérique du ferroviaire avant d’insister, en ma qualité de député, sur deux points clefs :

↪️ Le soutien à l’innovation de rupture

↪️ La prévention des risques cyber

Le XXIème siècle est le siècle des grandes transformations et la mobilité ferroviaire ne fait pas exception. Elle connaît aujourd’hui avec le numérique l’une de ses plus importantes modernisations

Le secteur ferroviaire est une filière stratégique et une industrie historiquement friande de technologies. Il dispose d’ingénieurs de haut niveau. Son avenir s’inscrit pleinement dans la révolution des transports qui doit conduire vers une mobilité durable, connecté, partagée, autonome et décarbonnée.

Réforme du système ferroviaire

La transformation profonde de notre politique de mobilité a débuté par la réforme du système ferroviaire portée en 2018, puis par le vote définitif du Parlement de la loi sur les mobilités. Deux preuves, s’il en fallait, de l’attachement profond au transport ferroviaire du Gouvernement et de notre majorité.

La révolution numérique touche ce secteur de plein fouet. Guillaume Pépy, alors PDG de la SNCF, le résumait ainsi « Le digital, c’est à la fois un levier formidable pour les clients et un outil extraordinaire pour la productivité. ». Si nous prenons la SNCF, c’est par exemple 300 millions d’euros qui ont été investis pour la seule année 2018.

En effet la transformation numérique c’est à la fois :

👉🏻 La construction d’une nouvelle relation client, avec le déploiement d’applications de qualité ;

👉🏻 Un formidable moyen pour mieux gérer les flux et les infrastructures pour prévenir les risques et en limiter les coûts ;

Mais surtout, un enjeu économique majeur à un moment crucial pour un secteur terriblement touché par la crise sanitaire et ses impacts sur la mobilité ferroviaire.

Ce sont donc tous les processus métiers qui sont concernés, des objets connectés à la vidéoprotection intelligence en passant par l’utilisation de la réalité virtuelle.

En ce sens, le secteur ferroviaire développe des applications industrielles qui supposent deux choses : d’une part du temps, pour intégrer les nouvelles technologies dans une chaîne de valeur complexe qui exige un degré de sécurité absolu, et d’autre part de la coopération entre tous les acteurs du secteur pour fournir une offre technologique adaptée et sécurisée.

La transition numérique est en effet porteuse de risques qu’il convient d’anticiper afin de préserver notre souveraineté

Le numérique transforme notre façon d’envisager la sécurité.

En tant que député, mais aussi comme vice-Président du groupe d’études sur la cybersécurité à l’Assemblée, mon premier point de vigilance concerne la prise en compte des enjeux cyber dans le secteur ferroviaire.

Le monde du transport, de plus en plus connecté, est davantage exposé au risque de cyberattaques potentiellement dévastatrices. Une récente étude met en avant le fait que les infrastructures ferroviaires sont désormais le quatrième secteur le plus visé par le risque de cyberattaques, derrière la défense, la finance et l’énergie[1].

« Quand on s’attaque au monde du transport, on peut vite avoir des effets absolument dramatiques, y compris sur les vies humaines» rappelait Guillaume Poupard.  Ainsi la Deutsche Bahn, la compagnie de chemin de fer allemands, a été victime du célèbre WannaCry, un ransomware qui a infecté 450 ordinateurs, touchant les systèmes d’information passagers, les distributeurs de tickets et les réseaux de vidéosurveillance.

Renforcer les moyens en matière de cyber sécurité

Si le rail est vulnérable aux cyberattaques c’est parce que le numérique, en permettant d’interconnecter nos systèmes, nos technologies et nos données, remet en cause notre conception traditionnelle de la sécurité qui voudrait que les systèmes soient totalement étanches et verrouillés. En ce sens, le cyber représente un changement de paradigme dans notre appréhension de la sécurité.

C’est la raison pour laquelle nous devons allouer davantage de moyens, d’une part à la surveillance des attaques cyber, et d’autre part au renforcement de nos système de protection.

👉🏻 C’est l’objet de la coopération qui a été mise en place depuis 2018 entre l’ANSSI et l’établissement public de sécurité ferroviaire qui vise à fluidifier les échanges d’information concernant les incidents affectant la sécurité des systèmes d’information et identifier les exigences de sécurité nécessaires au secteur ferroviaire.

👉🏻 Par ailleurs, la généralisation massive des traitements de données pose la question de leur protection. L’utilisation accrue de données pour les services utilisateurs et les services d’exploitation pose de nombreuses questions en matière de confidentialité, de sécurité et d’intégrité.

A l’heure où l’on ouvre des laboratoires d’intelligence artificielle pour tirer le maximum d’opportunités de la massification des données, les solutions de chiffrement peuvent apporter des réponses adaptées pour garantir l’intégrité des données.

Il en va de notre sécurité mais aussi de notre souveraineté. Si nous réussissons à sécuriser l’ensemble de la chaîne de valeur, nous ne pourrons ainsi que mieux tirer parti de toutes les opportunités offertes par la transition numérique, dans la confiance des utilisateurs.

Vers une transformation des organisations

La transition numérique est surtout pour aussi un formidable levier de transformation des organisations.

La transition numérique repose sur la capacité à innover des acteurs économiques pour peser collectivement au niveau européen dans un contexte de forte concurrence au niveau international.

👉🏻 Pour transformer nos organisations, la transition numérique nécessite tout d’abord de réaliser des investissements. C’est tout l’objet du programme « TECH4RAIL » de la SNCF, véritable accélérateur d’innovation pour réinventer le secteur ferroviaire autour de trois projets phare : le train autonome, l’exploitation augmentée et le TER hybride.

👉🏻 Il faut ensuite, pour transformer nos organisations, soutenir les innovations de rupture. A ce titre, je me réjouis des applications futures de la blockchain dans le secteur ferroviaire, tant cette technologie suscite mon intérêt depuis notre mission sur les chaînes de blocs à l’Assemblée. La SNCF a conclu un partenariat pour gérer sur blockchain les documents d’habilitation de son personnel[2].

Comme le rappelait dès 2017 la responsable innovation de la SNCF « la blockchain ouvre les perspectives d’un nouveau paradigme d’organisation. ». Décentralisée et sécurisée, la blockchain fait évoluer les échanges d’informations numériques à travers des cas d’application de plus en plus variés, tant et si bien que SNCF Réseau y voit une réponse potentielle pour progresser en matière de sécurité ferroviaire.

Des expérimentations permettront plus d’efficacité et de traçabilité sans recours à un tiers de confiance. Les équipes de SNCF Réseau se sont tournés vers des startups françaises pour mettre en place leurs solutions, preuve que l’innovation peut venir, aussi, de nos acteurs européens.

En effet, dans la course mondiale qui existe aujourd’hui sur l’innovation de rupture, il est essentiel que l’Europe prenne position et conserve son autonomie stratégique. Pour reprendre les termes de Thierry Breton, « il est temps d’assurer la souveraineté numérique de l’Europe». Cet impératif est plus que jamais d’actualité à l’heure où la Chine met le numérique au service des routes de la soie. Par leurs actions, le secteur ferroviaire peut largement contribuer à notre objectif de souveraineté.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’Europe s’est engagée à soutenir les transports et la mobilité dans le cadre du plan de relance européen.

Alors qu’a été créé à l’initiative de la commission européenne l’instrument Next Generation EU, des financements seront alloués pour donner un coup de fouet à la mobilité ferroviaire et ainsi réussir la « double transition» climatique et numérique.

Nous avons également la conviction que l’intelligence artificielle est un formidable levier pour optimiser les flux, anticiper les impondérables et améliorer la maintenance grâce à l’analyse prédictive. Les technologies de l’intelligence artificielle sont déjà à l’œuvre dans la mobilité ferroviaire dans l’exploitation, la maintenance et la relation client progressant de concert avec la transformation de vos organisations.

Reste à savoir quel usage il en sera fait demain.

Cette conférence numérique a aussi été l’occasion de présenter différents projets portés par les acteurs de l’UIC que ce soit leprojet ECOPMS par Olivier MAUREL (PDG MCLEDGER), le projet BDTM par Alexey OZEROV (Chef du Département International JSC NIIAS) ou bien encore le DIGIM II – Passage à niveau connecté – porté par l’UIC et Dassault Systems.

Pour clore cette 6e édition, Francis Bedel  a présenté la 5ème cérémonie des UIC Digital Awards qui récompense les innovations en matière de mobilité ferroviaire.

 

[1] The Cyberthreat Handbook, rapport publié en 2019 par Thales et la société de cyber-intelligence Verint.

[2] La SNCF embarque la blockchain pour passer à la vitesse supérieure : https://portail-ie.fr/short/2209/la-sncf-embarque-la-blockchain-pour-passer-a-la-vitesse-superieure