« Si nous voulons préparer les emplois du futur et préserver notre souveraineté, il nous faut être acteur des technologies de demain »

A l’occasion, cette semaine, du 15 au 19 avril,  de la Blockchain Week à Paris, l’un des plus grands événements européens consacrés aux technologies de rupture,  Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances, a présenté la feuille de route du gouvernement. Objectif : faire de la France, le pays leader de ces technologies.

Pour ma part, j’ai eu l’honneur de participer à diverses conférences et tables-rondes. J’ai, à cette occasion, insisté sur le fait que 2019 devait être l’année de la sortie du stade de l’expérimentation à celui de la mise en œuvre industrielle. C’est une question de compétitivité et de souveraineté !

Paris Blockchain Conference inaugure la blockchain week

Réunis à Bercy le 15 avril, les acteurs de la blockchain : régulateurs, entrepreneurs, universitaires, experts et législateurs, ont à l’occasion de cette conférence,  présidée par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, et Cédric O, secrétaire d’État chargé du Numérique, débattu de l’impact de la blockchain sur les équilibres économiques mondiaux, le financement des entreprises et la production de biens et services innovants.

Organisée cette matinée au ministère de l’Économie et des Finances, nous permet de  « démontrer le soutien de l’État à cette technologie et notre volonté de faire de la France une référence en matière de la Blockchain » a souligné Bruno Le Maire.

Pour sa part Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique a rappelé que depuis deux ans le Gouvernement et l’administration française sont montés en compétences au sujet de la blockchain, avec le souci de créer un cadre clair et sécurisant pour les divers acteurs.  Aujourd’hui, 20 000 startups peuplent l’écosystème, l’Etat a investi massivement dans les entreprises innovantes (notamment par l’intermédiaire de la BPI).

« Notre objectif est clair et simple, nous voulons attirer et garder les futurs champions de la blockchain, nous voulons être leader dans le secteur. La France a l’écosystème et les talents pour ça ». Cédric O, secrétaire d’État au Numérique.

Il est revenu sur les objectifs à venir. Des objectifs que j’appelais de mes voeux dans le rapport de la mission d’information, publié en décembre dernier. A savoir :

  • Aller au-delà du marché financier et soutenir financièrement les projets les plus prometteurs
  • Faire travailler ensemble des acteurs qui ne se font pas directement confiance pour introduire cette dimension de confiance dans leurs transactions
  • Permettre à la Blockchain d’investir la sphère publique : certaines autorités publiques ont déjà déployé des autorités de blockchain (l’Agence Nationale des fréquences, la Banque de France).
  • Mettre en place un réseau d’experts entre administrations favorisant le partage d’expérience et la montée en compétences.

En conclusion de cette matinée, riche en échanges, Bruno Le Marie, Ministre de l’Economie et des Finances, a donc présenté les prochaines étapes pour faire de la France, le pays leader de ces technologies.

En effet, la France dispose de tous les atouts  pour devenir un pays leader dans le domaine de la blockchain :  des startups qui réussissent, des centres de recherches et de formation, des grands groupes qui expérimentent la blockchain (ex. Carrefour, ENGIE)…

L’Etat doit de son côté jouer un rôle d’accompagnateur et de facilitateur en introduisant un cadre juridique apportant sécurité et confiance aux acteurs.

C’est aujourd’hui chose faite grâce à la loi  de Finances 2019 qui a fixé un cadre fiscal et comptable adapté aux cryptoactifs ; à la loi PACTE qui sécurise les émissions de jetons et les transactions sur cryptoactifs par un agrément optionnel ( le délai probable d’obtention devrait se limiter à 20 jours ouvrés) …

Ce constat très positif posé, Bruno Le Maire a annoncé : « Il faut maintenant franchir une nouvelle étape. Il faut aller plus loin et accélérer encore le déploiement de cette technologie ».

Ce sont cinq enjeux qui ont ainsi été identifiés, dans une approche similaire à celle mise en place pour l’intelligence artificielle :

  • Permettre le déploiement de cette technologie par filière dans notre industrie et nos services (construction, agro-alimentaire, énergie). Les actions conduites par ces filières pourront être financées d’ici fin 2019 dans le cadre de l’appel à projets « Accompagnement et transformation des filières » du programme d’investissement d’avenir (PIA).
  • Continuer à soutenir l’innovation : « L’État doit investir à travers les fonds dont il dispose pour l’innovation de rupture dans la Blockchain » : cela passera par le concours d’innovation croissance, financé par le programme d’investissements d’avenir avec un appel à projets qui est ouvert jusqu’au 14 mai.
  • Accompagner les porteurs de projets blockchainvia le guichet France Expérimentation ;
  • Continuer à adapter notre environnement juridique à la blockchain au niveau national mais aussi au niveau européen et international : les acteurs qui font face à des situations de blocage peuvent se faire connaître auprès de France Expérimentation.

Le ministre de l’Économie a, une nouvelle fois, rappelé la nécessité d’une convergence des régulations qui pourrait s’inspirer du modèle français :

« Je vais proposer que cette régulation française de la blockchain serve de modèle pour le développement d’une régulation de la blockchain au niveau européen afin de construire un marché unique la blockchain. Je veux également continuer à encourager les travaux sur ce sujet au niveau du G20 à la suite de l’initiative que j’ai porté avec mon homologue allemand l’année dernière ».

Pour conclure, le ministre a souligné les enjeux de souveraineté derrière ces protocoles :

« Sur ces questions de sécurité et de sûreté de la technologie, je souhaite également engager une mission de réflexion pour permettre le développement d’un modèle de blockchain sûr, compatible avec l’exercice de notre souveraineté ».

Cette mission, qui devrait être lancée en octobre 2019, aura trois objectifs :

  • d’identifier des voies d’amélioration des méthodes de consensus ;
  • de renforcer la gouvernance et l’exercice de la souveraineté dans le contexte de la blockchain ;
  • d’apporter des garanties d’interopérabilité et d’accessibilité dans son usage.

L’État français doit, en effet, anticiper l’émergence de grands acteurs : 

« Chacun voit bien que la mainmise technologique par un petit nombre d’acteurs sur d’importantes capacités de calcul et de financement pourrait poser un problème de souveraineté majeur ».

Cette réflexion est essentielle alors même que nous souhaitons que certains projets blockchain se déploient pour l’exécution de missions de service public …

Blockchain Day Paris au coeur de l’Assemblée nationale

Un peu plus tard dans la journée, c’est au coeur même de « la fabrique de la loi » que j’ai participé à la journée « blockchain Day Paris », organisée par France Digitale et Crypto Asset France, sous le Haut Patronage de Richard Ferrand, Président de l’Assemblée Nationale.

A cette occasion, j’ai pu revenir sur la feuille de route du gouvernement et échanger avec les start-ups de la blockchain, les fonds d’investissement et les grands groupes.

Mais aussi sur l’importance de ne pas tout réguler pour permettre aux acteurs de la Blockchain d’avoir une marge de manœuvre, d’avoir le droit à l’expérimentation.

 

Il nous faut arrêter de vouloir toujours réguler tout et tout le temps. Il faut créer une enveloppe qui laisse le droit à l’expérimentation pour voir comment le marché évolue et quelles pratiques se développent.

Si on encadre trop, si on restreint trop, cela empêchera les investisseurs et les entrepreneurs d’agir. Pour que l’écosystème de la Blockchain se développe au mieux, il faut se donner un peu d’élasticité.

Notre travail est d’accompagner, d’être catalyseur.

Conférence au MEDEF
Pour terminer cette journée de travail, j’ai répondu présent à l’invitation du MEDEF pour discuter de la stratégie blockchain en France en présence de Vidal Chriqui, co-fondateur de BTU Protocol, de Romain Bonenfant, sous-directeur des réseaux et des usages numériques, service de l’économie numérique à la Direction général des entreprises (DGE) et de Domitille Dessertine, directrice de la Division Fintech, innovation et compétitivité à l’Autorité des marchés financiers (AMF).

 

Nous devons en effet maintenant passer au temps des entrepreneurs, et donner de la visibilité aux acteurs de la blockchain.

La Tribune Blockchain Summit 2019

Mercredi, et dans le prolongement des annonces du gouvernement visant à travailler à une convergence des régulations sur les technologies de rupture, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Abdalla Kablan, conseiller numérique du premier ministre de Malte, Joseph Muscat.

En effet, Malte a déjà adopté trois projets de loi visant à favoriser le développement de la technologie blockchain. The Malta Financial Services Authority (MFSA), le régulateur local, devrait délivrer ses premières licences ce mois-ci.

Cette rencontre a été l’occasion de faire un point sur les risques et les atouts liés au développement des usages de la blockchain.

Pour terminer cette semaine fort riche en échanges  je suis intervenu à la conférence organisée par le journal La Tribune, dans les salons de l’Hôtel des arts et métiers, jeudi matin.

Cette conférence était l’occasion, 10 ans après l’apparition de cette technologie, et loin des effets d’annonce, de débusquer les fantasmes et d’éclairer les réalités de cette transformation déjà en marche.

Les investissements dans les solutions Blockchain ont doublé en un an à 1,5 milliard de dollars dans le monde en 2018 selon le cabinet IDC, tirés par le secteur de la finance (36%).

Les dépenses du seul secteur bancaire devraient augmenter de plus de 74% par an d’ici à 2022. Du côté des levées de fonds, les start-ups du secteur ont récolté 1,3 milliard de dollars au premier semestre 2018 contre 900 millions sur l’ensemble de l’année 2017, sans compter les ICO (plus de 22 milliards de dollars en 2017 et 2018).

Le temps d’une table-ronde avec  Claire Balva, directrice générale de Blockchain Partner, de Luca Comparini, Blockchain Leader France chez IBM, de Philippe Mutricy, directeur de l’évaluation, des études et de la prospective Bpifrance et de Fleur Pellerin, cofondatrice et directrice générale Korelya Capital, nous avons dressé un panorama de l’état de la Blockchain, des investissements, des projets, et de la maturité de la technologie et des mentalités.

Pour ma part et dans la continuité de mon rapport, je me suis félicité des avancées de la blockchain en France. Les acteurs que j’ai pu auditionner dans le cadre de la mission d’information sont toujours là et bien plus nombreux qu’avant. Il existe aujourd’hui plus de 200 projets en France dans le domaine de la Blockchain.

En effet, « qui s’attendait à voir des pitchs de startups blockchain dans les couloirs de l’Assemblée nationale ? » Cela prouve que ces sujets sont maintenant portés par les institutions. Ce qui est de bon augure pour la suite.

Aujourd’hui, l’enjeu de ces technologies reste bien leur industrialisation de masse, l’appropriation large de leurs usages. Pour ce faire, il est essentiel de favoriser une appréhension positive de ces technologies, au-delà de l’image du bitcoin et des crypto-monnaie. Le maître mot demeure « la confiance », afin que chacun s’approprie  une technologie encore méconnue et souvent fantasmée !